La (re)naissance

La renaissance d'un être né sans essence, est-ce un non-sens ?
Essentielle est, je pense, la connaissance de l'absence 
Qui malgré les sens, dès la naissance, nous censure l'existence.
 
Oui, les sens ! Car on nait "sens", on vit "sens",
Dans une présence censée, cadencée, par des sciences à sens unique,
Naïve danse que celle d'une existence inique où, 
Sans nous en laisser la prescience, la foule nous encense et nous descend
Avec autant d'aisance que de nuisances.
 
Mais l’essence ? Que dis-je, la quintessence ? On est censé naître avec !
Ni une chance, ni même une espérance. Une évidence !
N'être humain qu'en puissance c'est sentir la fragrance sans en être grisé.
A quoi bon les sens, s'il nous manque l’essence ?
"Être humain", "naître humain » : 
Lettres agencées avec magnificence
Mais, sans les vivre, vides de sens.
Cent fois ni loi ni raison n'ont pu panser mon appétence.
Ma sensation d'être n'est sans hésitation que la réminiscence
D'une ancestrale assurance : celle d'être, quoi qu'"ils" en pensent,
Et quoi qu'en disent mes sens.
 
Ainsi en conséquence et malgré les apparences,
Je me sens n'être né
Qu'en ce jour,
En cette heure,
Par cette renaissance, qui s'entiche d'un "re",
Dispensable à mon sens.

La plus belle des pierres

Au milieu du chaos s'est formée la plus belle des pierres. 
En son eldorado désormais la plus cruelle des misères.
Lave en fusion et pressions extrêmes, sine qua non sont les conditions génétiques.
De sang les effusions, agressions et requiems rythment et jalonnent son extraction frénétique. 
Car, pour faire briller les phalanges des mains les plus fortunés, 
Chaque jour par milliers des sales anges "s'endorment" épuisés et torturés.
Comme le chantait Marylin, le diamant est le meilleur ami des femmes. 
Fantômes qui hantez ces ravines, pimentez de frayeurs les nuits de ses dames ! 
Car du diamant, elles doivent par vous seuls le drame saisir. 
Avares, lesdits amants, les braves, à part avouer leur crâne désir,
Ne pensent à rien d'autres et jamais n'envisagent,
Du précieux bien les fautes clamer en verbiage.
Honnie est la poubelle de notre ère, qui retient les affects les plus essentiels et les digère.
Oui la plus belle des pierres rime bien avec la plus cruelle des misères.

Le chantier

Mon pasteur a l’habitude de dire qu’il est comme une maison inachevée. Hors contexte, ça peut sonner un peu bizarre mais ça mérite qu’on ne s’arrête pas aux apparences. Pour mieux comprendre, il faut bien visualiser l’image qu’il utilise et préciser un peu les choses. C’est sûrement un phénomène assez rare dans certains pays occidentaux mais dans mon pays d’origine, la Côte d’Ivoire, il arrive souvent que des chantiers puissent rester interrompus pendant des années durant et même en pleine ville. C’est déjà très particulier en soi mais ce qu’il y a d’encore plus surprenant c’est que dans la plupart des cas les travaux reprennent au bout d’un temps relativement long et comme si de rien était, une fois les fonds nécessaires réunis, le projet initial repensé, ou même une fois la propriété du terrain « rendue » à son véritable propriétaire.

Une fois ces quelques prérequis établis, je pense qu’il est déjà un peu plus facile d’appréhender cette idée de maison inachevée. En effet, le concept mis en avant par mon père spirituel avec cette image, et auquel j’adhère moi-même, c’est le fait que quelles que soient les apparences, qu’importe le temps que ça prend, ce à quoi nous sommes appelés, le plan de Dieu pour chacun d’entre nous se réalisera. Automatiquement, tout un tas de questions, voire de critiques, s’élèvent ensemble comme les boucliers d’une légion romaine face à l’invasion barbare que représente ce concept pour certains.

« Le destin ? Mais qu’est-ce que le destin et s’il existe qu’en est-il de notre libre arbitre ? », ou, « S’il y a un dieu, et qu’il laisse faire tant de malheurs sur Terre, pourquoi espérer en son plan sans même savoir s’il est bon ou mauvais pour moi ? », et même, « Voilà en quoi réside tous les maux de notre société ! La préférence pour la passivité et l’aliénation de notre vie bien réelle à un dieu imaginaire, au lieu de la persévérance et la pensée rationnelle pour faire bouger les choses». Peut-être qu’aucune de ces phrases ne vous a traversées l’esprit, mais croyez-moi c’est le cas pour beaucoup d’autres : je les ai entendus assez souvent pour vous le confirmer.

La première chose que je peux dire face à de telles remises en question, c’est qu’à partir du moment où on met de côté l’idée d’un Dieu tout puissant et qui nous aime par-dessus tout, il est impossible de comprendre de quoi je parle. C’est comme deux personnes engageant une discussion dans des langues différentes, sans que l’un ne sache parler celle de l’autre. Dans le cas présent, ce langage c’est le langage de l’amour, celui qui est parlé tout au long de la Bible, dans ses passages les plus sombres comme les plus lumineux, dans ses chapitres les plus rébarbatifs comme les plus palpitants. On pourra toujours me dire, que c’est facile et habituel pour les chrétiens de balayer la question de l’existence de notre Dieu par ce genre de condition. Pour ma part je considère juste que c’est une autre problématique à laquelle je ne suis pas le plus qualifié pour répondre et pour laquelle je considère avoir la chance que la foi me permette d’y répondre, peut-être pas rationnellement mais d’y répondre quand même. Certains aujourd’hui ont choisi de le faire rationnellement, ou au moins d’essayer, comme beaucoup d’autres l’ont fait auparavant. Blaise Pascal avec son Pari proposait au XVIIème siècle une réflexion intéressante, basée sur une approche probabiliste, voire de l’ordre du jeu de hasard, qui permet à n’importe qui de se faire une idée de ce qu’il perd et de ce qu’il gagne à croire ou ne pas croire. En effet assez simplement, et peut être même un peu trop, Pascal s’est efforcé de montrer qu’on a tous intérêt à croire en Dieu, que Dieu existe ou non. Pour lui, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant sont ex aequo. Cependant, si Dieu existe, le croyant est vainqueur car il accède au paradis pour l’éternité, tandis que le non-croyant lui est perdant car il en est exclu, aussi pour l’éternité. Simple mais efficace, et aussi très discutable. Mais revenons au sujet principal, car mon idée était justement de ne pas m’engager sur ce sujet, uniquement de préciser que d’autres l’ont fait, si cela vous intéresse.

Effectivement, dans mon cas, j’ai préféré accepter de m’abandonner sans support rationnel ni fondement scientifique à ce Dieu qui d’après sa parole m’a toujours aimé et cela même avant que je vienne à l’existence, malgré ma formation et ma personnalité plutôt cartésiennes. On parle souvent de saut de la foi, j’apprécie plus de parler d’une histoire d’amour. Même si ça y ressemble sur certains aspects je ne pense pas à une romance mais plutôt à un amour filial, cela pour différentes raisons qu’on peut principalement trouvées dans la Bible. En fait, on peut y lire une définition aussi bien précise que déconcertante de la foi : « c’est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas ». Pendant longtemps, ces quelques mots m’ont perturbé, bloqué, perdu même, pourtant il s’agit de quelque chose d’assez simple en somme, et c’est encore dans le même livre, quelques pages avant, que Jésus donne l’un des indices les plus importants qui permet de percer le mystère de cette phrase. « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point » disait-il à ses disciples avec fermeté. C’est quand on accepte enfin, de revenir à cet état infantile de confiance, de dépendance et même de vulnérabilité qu’on peut embrasser tout le sens de cette définition et par la même occasion commencer le merveilleux voyage que Dieu nous propose de faire avec lui. Celui au cours duquel il nous rend en fin de compte plus fort, moins dépendant des choses de ce monde, et toujours plus assuré de sa présence bienveillante.

Il ne s’agit plus de l’absolue importance de nos choix, nos désirs, notre volonté, mais de quelque chose de plus grand – et bien plus beau.

Toutefois, c’est un voyage qui n’en est pas vraiment un car qui dit voyage dit aussi origine et destination or ici l’origine et la destination sont les mêmes : Dieu. Il s’agit plutôt d’un projet en fait, le projet d’une vie, un chantier même. Un chantier où l’œuvre, la bâtisse, c’est chacun de nous. Le maitre d’ouvrage, le donneur d’ordre à l’origine et qui réceptionnera le projet fini, c’est Dieu. Le maître d’œuvre qui réalise ce projet, c’est encore Dieu. Loin d’être au centre de cette entreprise nous ne sommes que son support, ce qui peut paraître quelque peu réducteur et frustrant au premier abord. Il ne s’agit plus de l’absolue importance de nos choix, nos désirs, notre volonté, mais de quelque chose de plus grand – et bien plus beau. Oui, quand on comprend que c’est bien Dieu qui est au centre, à la fois pour sa plus grande gloire mais aussi pour notre plus grand bonheur, on entre dans toute la puissance et la beauté de cette simple idée proposée par mon pasteur, celle d’une maison en construction qui inéluctablement sera achevée pour devenir une demeure parfaite, unique et d’une valeur inestimable ; même si à l’instant présent elle est loin d’y ressembler, même si les obstacles et circonstances jouent parfois de concert contre sa réalisation. Encore une fois, la clé de ce projet, son point de départ, c’est cette histoire d’amour, entre un enfant, celui qui réside en chacun de nous, et un Père, qui attend depuis si longtemps qu’on le laisse nous construire, nous accompagner, nous aimer.

L’année

 2020, la plèbe, …, l'arène veux ta fin ! 
 Comme jamais le monde s'apprête à célébrer, 
 Dans les flots jaillissant des Souverains sabrés, 
 La mise à mort prochaine d'un an par son dauphin.
  
 Le verre à moitié vide laisse un âpre parfum.
 Et si le voir rempli, au lieu de palabrer, 
 Embellissait nos vies quelques peu délabrées
 Par des malheurs en nombre et paraissant sans fin? 
  
 Bonne année ! Je le souhaite, à vous mes chers lecteurs, 
 Et que de la dernière vous gardiez le meilleur.
 Malgré toutes ces peines, ils n'étaient jamais feints, 
  
 Ces moment de bonheur qu'on ne peut dénombrer,
 Qui souvent traversèrent notre année encombrée. 
 Adieu 2020,  R I P cher défunt! 

Je dédicace ce poème à une amie qui sait bien mieux que moi faire chanter les vœux de fin d’année 😉, et qui récemment m’a rappelé qu’en toute situation il faut rester positif.
Bonne année à tous, que 2020 soit pour vous le terreau d’une merveilleuse et fructueuse année 2021, par la grâce de Dieu.

Ca va bien?

Ca va bien, tel le refrain d'un tube chanté avec entrain.
Ca va bien, dès le matin, vite il faut se serrer la main.
Ca va bien... Tu vas pas bien ? Ben on en reparle demain !
Ca va bien, je le crois bien, mais est-ce que j'en suis si certain?
Ca va bien, dans mon train-train, c'est si vite dit, mais dit en vain!
Ca va bien ? Et pourquoi hein ?! Suis-je aussi vide qu'un pantin ?!
Ca va bien ? Allez ! Demain, j'essayerai d'y croire au moins…
Ça va bien ? Ça y est, enfin ! Je le ressens, et c'est pas rien.

L’image

C’est fou ce qu’une simple image peut communiquer, sans aucun mot mais pourtant avec tant d’émotions. Il y a plus de 5 ans cette sculpture du festival Burning Man m’a interpelé alors que je cherchais juste un fond d’écran sympa pour mon téléphone. Il y a plus de 5 ans, encore une fois il s’agit ici, en partie, de mon ex ou plutôt de la période de ma vie que j’ai partagé avec elle. Ça commence à devenir une habitude, mes textes en parlent souvent. Certains pourraient y voir une rupture fantôme, qui me hante toujours après toutes ces années, ou un amour inavoué (et inavouable ?), envers une personne que j’ai moi-même choisi de sortir de ma vie.
Pourtant les questions que soulèvent mes références à ce passé douloureux sont loin d’être celles d’un regard masochistement nostalgique, tourné vers un temps qui a fait couler certes bien des larmes mais aussi fait jaillir tant d’éclats de rire, ou celles d’un espoir illusoire du « et si? » qui, à la manière d’un réalisateur de génie, sait si bien rejouer dans nos esprit le meilleur — et le pire, avec plus de passion, un meilleur éclairage et, toujours, le happy-end qui va bien.

Cette soif de vivre […] m’appelle à sauter de toute mes forces vers mon avenir, mais pour cela j’ai besoin de prendre tout l’appui nécessaire sur mon passé, pour aller le plus loin, le plus haut possible.

Non, ces questions-là sont résolument tournés vers l’avenir, plus que jamais dans ma vie. Cette soif de vivre que je découvre depuis peu en moi m’appelle à sauter de toute mes forces vers mon avenir, mais pour cela j’ai besoin de prendre tout l’appui nécessaire sur mon passé, pour aller le plus loin, le plus haut possible.
Pourquoi cette image? Qu’est ce qu’elle montre? Qu’est ce qu’elle m’a dit à cette époque? Love, cette œuvre du sculpteur ukrainien Alexander Milov (crédit photo: thestevenjames), représente deux adultes de métal dos à dos, deux adultes qui apparemment ce sont tout dit. Mais les deux enfants en eux, brillant d’une lumière éclatante, tournés l’un vers l’autres, eux, ont l’air d’avoir encore tout à se dire. Les structures de barres métalliques soudées qui constituent les adultes, n’ont certainement pas été choisie par hasard. Comme des prisons elles enferment en elles ces enfants qui, s’ils le pouvaient, iraient l’un vers l’autre, se jetteraient dans les bras l’un de l’autre.
Même si à l’époque où j’ai découvert cette image ça allait encore plutôt bien dans mon couple, comme un mauvais présage, elle me montrait le drame qui se joue chaque jour dans la vie de tant de couples, de familles ou même d’amitiés, le drame qui allait quelques années plus tard se jouer entre mon ex et moi.
Pour moi cette image, avant de parler d’amour, comme l’indique le nom de la sculpture, parle de pardon, du pardon que l’on n’arrive pas à se donner l’un l’autre alors qu’on devrait, alors qu’on voudrait. Elle parle du fait qu’en nous il y a cette âme d’enfant qui a juste envie d’oublier ces disputes, ces rancunes, ces blessures, pour simplement retourner à nos jeux, à nos rires, à notre bonheur. Et elle parle aussi du fait qu’à l’extérieur il y a cette carcasse, cette lourde charpente de nos habitudes rigidifiées, nos attitudes structurées — et structurantes, qui nous empêchent de faire le premier pas, d’ouvrir la porte des possibles.


Cette image je l’ai vécue, pas seulement dans mon couple, mais dans des relations diverses et à des niveaux d’affection variés. Mais à chaque fois, alors que je croyais que le seul souvenir de cette sculpture, comme un totem, pourrait me donner la force de ne pas laisser le drame se reproduire, de ne pas laisser l’enfant emprisonné dans l’adulte, je me retrouvais — tout comme l’autre en face — piégé dans le mécanisme du conflit, dans les rouages du ressentiment, le sable mouvant de l’appréhension, dans lequel chaque seconde qui passe semble nous éloigné inéluctablement de tout espoir, de toute possibilité de pacification.

Le pardon, le mot est lâché. Ce mot qui fascine, qui fait à la fois rêver et trembler. Ce mot qu’on idéalise, élève en chimère, au-dessus de nos réalités trop sordides. Ou pour d’autres, ce mot que l’on soumet à notre volonté, qu’on censure, qu’on encadre par des frontières méticuleusement tracées et balisées. Car oui, ici nous avons principalement deux écoles : ceux qui croient au pouvoir du pardon mais ne le font pas, comme une superstition inavouable, une croyance honteuse, à laquelle on ne peut s’abandonner complètement, par peur d’être déçu suite à une fin de non-recevoir de la partie adverse – les amis du « j’aimerais tellement lui pardonner, mais je ne sais pas si je pourrais y arriver » — ; et ceux qui à défaut de croire ou même de comprendre son pouvoir on choisit de dompter le pardon, de le tolérer mais selon leurs propres règles du jeu à eux, jeu dans lequel bien entendu ils ne perdent jamais – les défenseurs du « j’ai pardonné, mais j’ai pas oublié ».

« Le pardon est l’acte le plus égoïste que l’on peut commettre, car il a le pouvoir de libérer complètement notre seule personne du mal que l’Autre nous a fait, tout en laissant ce dernier face à sa propre culpabilité »


Mais qu’en est-il alors du pardon sans condition, du pardon palpable ? Si l’on pousse les choses à l’extrême, on doit se poser la question du pardon qui permet qu’on puisse encore aujourd’hui entendre des témoignages incroyables de pères pardonnant au meurtrier de leur enfant, de femmes pardonnant à leur violeur, de communautés entières pardonnant à leurs oppresseurs de tout un siècle. Est-ce que c’est factice ? Est-ce qu’il y a un truc ? J’ai eu beau chercher, à ce jour je n’ai pas encore trouvé les fils transparents qu’un illusionniste tirerait dans les coulisses de ces vies brisées, les effets spéciaux dont un prodigieux metteur en scène aurait su user pour magnifier ces faits divers tragiques. Finalement le seul magicien que j’ai pu découvrir au cours de mon questionnement personnel et existentiel sur le pardon, c’est Jésus. Sa doctrine subversive en son temps mais toujours révolutionnaire de nos jours a mis en lumière un pouvoir en l’être humain qui est encore trop souvent insoupçonné ou même méconnu de nos jours. Effectivement la plupart du temps on se trompe sur le pardon, et doublement. Non seulement car on sous-estime son efficacité et sa réalité dans nos vies, mais aussi car on croît à tort que le premier bénéficiaire du pardon – voire le seul – c’est le pardonné.
Une phrase que j’ai entendu un jour lors d’une prédication a complètement renversé mon ordre de pensée et ouvert mon esprit sur le vrai potentiel du pardon. « Le pardon est l’acte le plus égoïste que l’on peut commettre, car il a le pouvoir de libérer complètement notre seule personne du mal que l’Autre nous a fait, tout en laissant ce dernier face à sa propre culpabilité ».

J’ai trouvé ça extrêmement puissant ! Pour s’en rendre compte il faut se rappeler ce qu’est un conflit. L’étymologie nous aide, car un conflit se traduirait par « le fait de lutter ensemble ». Ensemble ! A y penser cela paraît invraisemblable. Alors que l’origine d’un conflit c’est la cassure qui va faire de deux personnes des ennemis se retournant l’une contre l’autre, et même dans de nombreux cas se séparant affectivement ou diplomatiquement, on apprend ici qu’en fin de compte la première chose que cette cassure crée c’est un objet en commun, une progéniture non désirée mais bel et bien présente : le conflit lui-même. C’est-à-dire, qu’aussi longtemps qu’un conflit puisse durer, les deux personnes qu’il oppose vont se lier, s’attacher, voire parfois aimer à se détester. Une fois cette notion clarifiée, je pouvais comprendre plus facilement en quoi le pardon est un privilège exclusif : il me permet, de préserver ma paix et mon bien être en refusant unilatéralement à l’autre son droit de conflit, son invitation à lutter ensemble.
Aujourd’hui, j’imagine le nombre de fois dans ma vie où j’aurais pu utiliser ce pouvoir. Je pense au temps que j’aurais gagné, aux prises de têtes que j’aurais pu m’épargner —en fin de compte tout ça n’est pas si égoïste car l’autre se rendrait bien compte à un moment de ce qu’il à aussi à gagner, de mon ancienne vie de couple qui, même si pas sauvée, aurait au moins pu être ménagée et interrompue avec plus de douceur.
Dans les évangiles on peut lire la réponse de Jésus à Pierre lui demandant combien de fois il devrait pardonner à celui qui lui ferait du mal : « tu lui pardonneras 70 fois 7 fois ». Remise dans son contexte, sa réponse évoque en fait l’infinité du pouvoir du pardon une fois que notre esprit s’ouvre à lui, et non un lourd et presque inhumain fardeau imposé par Dieu aux humains. En effet, le pardon est un gain, un don surpuissant qui nous permet de nous défaire des chaînes de la peine et de la rancœur, tout en créant chez l’autre une possibilité, pour lui aussi, de se sortir du piège mêlé de culpabilité et d’orgueil qui se refermerait petit à petit sur lui sans jamais défaire son étreinte. A partir du moment où on le comprend, on entre alors dans une réalité tout autre, où la paix se cultive et se récolte à portée de main, comme un jeu d’enfant.

[…] tout commence par-là : […] on ne peut gagner la guerre contre la haine avec la puissance du pardon que si on laisse cette dernière gagner sa première bataille en nous.


J’ai aussi pu découvrir, que le premier pas du pardon, aussi simple qu’il puisse paraître est vitale, non seulement pour la relation qui est en jeu mais aussi pour soi-même. Ce premier pas, c’est de se pardonner à soi-même. C’est parfois évident, et d’autres fois beaucoup plus complexe, mais lors d’un conflit il y a très souvent une part de culpabilité dans les deux camps. Même celui qui se considère comme lésé peut être amené soit à regretter des actions ou paroles qui ont pu blesser l’autre et, éventuellement, conduire à la réaction de ce dernier qui l’a finalement blessé à son tour ; soit carrément à conclure via des mécanismes psychologiques alambiqués qu’il est en fin de compte le seul responsable du mal qui lui a été fait. Qu’on soit le blesseur ou le blessé, se pardonner à soi même semble être quelque chose d’assez facile quand on le dit, mais j’ai eu l’occasion de me rendre compte plus d’une fois que ce dommage collatéral créé dans le conflit, cette deuxième blessure qu’est la culpabilité, est en fait bien plus dur à soigner qu’on le croit. En tous cas, tout commence par-là : de la même manière que je pense qu’on ne peut aimer l’autre sans apprendre à s’aimer soi-même d’abord, on ne peut gagner la guerre contre la haine avec la puissance du pardon que si on laisse cette-dernière gagner sa première bataille en nous.

Je suis loin d’être un saint, et l’image me nargue encore régulièrement aujourd’hui. Les émotions, l’habitude, l’instinct de défense – ou d’attaque, il y a tant de choses en nous qui nous font passer à côté de merveilleux moments, voire même de blocs de vie entiers. Mais ce qui m’aide justement c’est de penser à ce que j’ai raté, à ce que je raterais sans le pardon : tant de rires, de partages, d’amour. Le pardon est réel, j’en suis convaincu aujourd’hui. J’ai vu son pouvoir en action : dans la Bible, dans l’Histoire, dans des vies comme celle de Kim Phuc, survivante d’une attaque au Napalm dans le sud du Viêt Nam, celle du Pape Jean-Paul II, blessé grièvement lors d’une tentative de meurtre à Rome, celle de la communauté Amish, endeuillée par la tuerie dans l’école West Nickel Mines, celles des Tutsis et des Hutus, qui après la guerre civile et le génocide des premiers par les seconds vivent en paix au Rwanda.
Oui il est réel, et je veux en jouir moi aussi peut-être seul ou, je l’espère, avec tous ceux qui, s’ils le veulent bien, s’ils se pardonnent eux même d’abord et me pardonnent aussi ensuite, pourront utiliser avec moi ce pouvoir qui peut changer le monde.

La panne

La panne !? Je me suis fait moi-même le coup de la panne !
J'ai déballé ma panoplie d'excuses mécaniques « paniquées » :
Panne de déconfiné, panne de débordé, panne d'idées, …
Panacée qu'une pensée me passe face à ma paralysie de la patte,
Ou opiacé panneautant les pans entiers d'un mur handicapant.
Mais pas né d'hier, j'ai opté plutôt pour la trépanation du patient,
Car il n'est pas nouveau que la procrastination soit mon apanage.
Or, cet épanouissement scriptural que, planant, je palpais à peine,
N'a pas sa part dans la pavane peinarde à laquelle je m'appelle.
La vraie panne dans tout ce panorama, c'est la panne de la peur :
Peur de la nue page, de ne pas réussir, de n'être pas né pour ça, …
Aux moutons de Panurge l'appât de la pause un panatella au bec !
En paix, j'empanne pour mettre cap au nord le Ponant m'aidant.
Je n'approcherai même pas les parages du panel des panthéonisés,
Mais la bonne part que j'ai empoigné en celui qui panifie ex nihilo
M'accompagne pas à pas loin de cette panne qui n'en est pas une.

L’enfant

Adulte ? Qu’est ce qui définit l’état adulte ?

Ne sommes-nous pas que des enfants marqués au fil des années par les joies et les peines, les épreuves, les défaites et les victoires façonnés par le monde dans lequel nous vivons et apprenons à vivre ?

Je ne sais pas ce qu’il en est de vous, en tous cas moi je suis un enfant. Plus précisément, je sais qu’au fond de l’homme que je suis, il y a et il y aura toujours un enfant dont les rêves, les peurs et les espoirs n’ont pas changé.

Seulement, être un homme, à mon sens, c’est de choisir parmi ces rêves, parmi ces peurs et ces espoirs, lesquels vont orienter ma vie, et de me battre avec toutes les armes en ma possession pour, respectivement, les vaincre et les réaliser.

L’enfant en moi, c’est l’homme que je suis.

L’avion

A des milliers de mètres du sol, lancé à près de mille kilomètres/heure, on pourrait croire que je suis dans une fusée en partance pour Mars. Pourtant je suis seulement à deux milles kilomètres de chez moi.

Ici, dans cet avion, le temps d’un vol, j’ai la sensation d’être placé dans un environnement neutre d’où je peux prendre tout le recul nécessaire pour faire le point sur ma vie.

C’est assez étrange comme processus, on pourrait parler d’une extro-spection pendant laquelle, à la différence d’une introspection, il ne s’agit pas de se questionner sur soi-même et ce qui se passe à l’intérieur mais sur l’extérieur en fait, et sur tout ce qui se passe dans cette immensité, avec nous au milieu, suspendu dans les airs juste pour quelques heures.

Voir qu’on est bien peu de choses vu du ciel et, de manière plus abstraite, ressentir la vanité de notre monde et de soi-même, à l’occasion d’une interruption forcée et loin d’être triviale dans notre rythme de vie effréné.

Comme si, bien plus qu’un avion, on était finalement dans une capsule spatio-temporelle permettant non pas de voyager dans le temps ou même l’espace, mais plutôt d’en sortir, de ce temps et de cet espace, pour un instant de réflexion ou simplement de contemplation.