L’enfant

Adulte ? Qu’est ce qui définit l’état adulte ?

Ne sommes-nous pas que des enfants marqués au fil des années par les joies et les peines, les épreuves, les défaites et les victoires façonnés par le monde dans lequel nous vivons et apprenons à vivre ?

Je ne sais pas ce qu’il en est de vous, en tous cas moi je suis un enfant. Plus précisément, je sais qu’au fond de l’homme que je suis, il y a et il y aura toujours un enfant dont les rêves, les peurs et les espoirs n’ont pas changé.

Seulement, être un homme, à mon sens, c’est de choisir parmi ces rêves, parmi ces peurs et ces espoirs, lesquels vont orienter ma vie, et de me battre avec toutes les armes en ma possession pour, respectivement, les vaincre et les réaliser.

L’enfant en moi, c’est l’homme que je suis.

L’avion

A des milliers de mètres du sol, lancé à près de mille kilomètres/heure, on pourrait croire que je suis dans une fusée en partance pour Mars. Pourtant je suis seulement à deux milles kilomètres de chez moi.

Ici, dans cet avion, le temps d’un vol, j’ai la sensation d’être placé dans un environnement neutre d’où je peux prendre tout le recul nécessaire pour faire le point sur ma vie.

C’est assez étrange comme processus, on pourrait parler d’une extro-spection pendant laquelle, à la différence d’une introspection, il ne s’agit pas de se questionner sur soi-même et ce qui se passe à l’intérieur mais sur l’extérieur en fait, et sur tout ce qui se passe dans cette immensité, avec nous au milieu, suspendu dans les airs juste pour quelques heures.

Voir qu’on est bien peu de choses vu du ciel et, de manière plus abstraite, ressentir la vanité de notre monde et de soi-même, à l’occasion d’une interruption forcée et loin d’être triviale dans notre rythme de vie effréné.

Comme si, bien plus qu’un avion, on était finalement dans une capsule spatio-temporelle permettant non pas de voyager dans le temps ou même l’espace, mais plutôt d’en sortir, de ce temps et de cet espace, pour un instant de réflexion ou simplement de contemplation.

La vérité et la réalité

La différence entre la vérité et la réalité.
En étudiant la Bible et en priant, je découvre peu à peu qu’il y a une grande différence entre la réalité, que je vis et qui est indéniable parce que je la vis, et la vérité qui, elle, est absolue, que je la vive ou pas. Avec mes mots maladroits ça peut paraître assez complexe, mais pour essayer de simplifier un peu, je vais faire référence à un bon gros film américain : Matrix !

J’ai toujours le choix entre une pilule bleue et une pilule rouge. La pilule bleue, la réalité, que je peux avaler pour accepter docilement des choses plus ou moins révoltantes, mais qui sont des faits, des choses concrètes qui se produisent en moi et autour de moi. Et il y a la pilule rouge, la vérité, que je peux avaler pour accéder à une infinité de possibilités, remettant chacune en question ces choses révoltantes et allant jusqu’à me permettre progressivement de les changer plus j’embrasse cette vérité.

N.B. : Si des liens ci-dessus seraient soumis à une quelconque interdiction de publication via un blog, ceux-ci seront retirés immédiatement sur simple demande.

L’effacement

Être indifférent à la souffrance de l’autre, au fond, est-ce que c’est vraiment possible ? Pour moi l’humain est trop humain pour ça. Je veux dire, qu’on aurait beau avoir subi un lavage de cerveau mode cycle long 90°C avec Javel, cela ne pourrait pas effacer en nous le minimum de conscience qui fait qu’on sait quand l’autre souffre. Premièrement, car c’est la conscience de l’autre qui alimente la conscience de soi — sans toi pas de moi. Aussi, parce qu’on comprend automatiquement la souffrance de l’autre, dans le meilleur des cas pour nous, par opposition à notre bien-être et, dans le pire des cas, par association à celle que l’on vit nous-même. Bon, avant de me faire lyncher par des vrais philosophes, je vais m’arrêter là et revenir à mon idée de départ.

Je ne crois pas à l’indifférence face à la souffrance. Alors que l’effacement de la souffrance…

Accrochez-vous, je m’explique !

Changer de trottoir pour éviter de croiser un SDF qui mendie, zapper l’actualité pénible de la famine au Yémen pour se divertir avec un télécrochet musical, faire un don mensuel pour soutenir une œuvre caritative en Afrique, partager sur les réseaux sociaux pour diffuser le drame d’un enfant migrant noyé… A première vue ce sont des actions qui n’ont rien à voir les unes avec les autres, et pourtant elles ont un point commun essentiel : en fait il n’y a qu’une seule personne au centre de l’attention dans chacune d’entre elles, moi.

Que ce soit avec notre corps tout entier, avec nos sens, notre intellect ou juste nos émotions, nous avons la tendance et la surprenante capacité à effacer la souffrance de l’autre. Quand je me détourne de celui qui tend la main, quand je cache à mes yeux les images et les voix de pays entiers en détresse, quand je me dédouane mathématiquement de l’injustice faite aux plus pauvres avec un peu plus d’argent, quand je crie mon indignation sur la toile en réaction aux histoires les plus tragiques, la seule personne qui motive ces actions, c’est moi, pas l’autre.

Mon but n’est ni de choquer ni même de critiquer ici. Il ne s’agit pas de juger du bien ou du mal de ces attitudes distinctes, mais simplement d’essayer de réaliser un constat objectif et original.

A quel moment est-ce que je m’attarde sur la souffrance de l’autre ? A quel moment est-ce qu’au lieu de mon inconfort, mon humeur, mon raisonnement, ou mes émotions, c’est tout simplement l’autre et ce qu’il ressent lui qui est au centre de mon attention, et par suite, de ma motivation ? Trop souvent, que ce soit dans l’action ou l’inaction, je mets en sourdine cette souffrance qui pourtant a premièrement besoin d’être entendue, d’être comprise, pour pouvoir être soulagée.

On ne peut probablement pas tous partir pour un pays lointain au secours de milliers de personnes qui ne possède même pas le minimum vital, ni passer des nuits dans les rues froides de sa ville à apporter chaleur matérielle et humaine à ceux qui en manque le plus cruellement. Que cela soit la solution à la souffrance de l’autre ou pas, on ne peut malheureusement pas tous se lancer dans des sacrifices personnels de ce genre. Par contre, ce qu’on peut tous faire, et qui semble être une condition nécessaire quelle que soit l’action que l’on choisit, c’est se donner vraiment à l’autre qui souffre, de s’oublier même un instant pour le mettre au centre de notre vie, afin d’entendre, de comprendre et, si possible, de partager sa souffrance.

C’est peut-être ça, aimer son prochain comme soi-même, c’est peut-être ça l’Amour.

Là, une fois qu’on a fait ce premier pas, petit, certes, mais tout de même un pas vers l’autre, on peut même avec l’action la plus infime réussir à soulager les souffrances les plus dévastatrices.

On peut, je crois, même par un regard, s’il est rempli de cet Amour, communiquer à l’autre un apaisement qui se passe de tout mot.

Les 3 princes

Il était une fois, dans un royaume en paix mais à l’avenir plus qu’incertain, un roi sentant son heure arriver et s’inquiétant de la succession au trône.
En effet, ayant trois fils, triplets identiques en apparence mais de personnalités radicalement différentes, il était contraint de choisir lequel des princes serait apte à défendre le royaume face aux adversités qui se profilaient à l’horizon. Un choix aussi important se devait d’être objectif, mais la tentation de choisir selon ses préférences de père le tiraillait. Chacun d’entre eux avait bien sûr ses qualités et ses défauts, mais, comme tout parent, le roi avait au fond de son cœur un ordre de préférence.

Le premier, le prince qui aimait le concret, tout comme son père. Il était doué de ses mains pour construire toute sorte de choses. D’un morceau de bois il était capable de façonner une arme, un outil ou même un jouet pour enfant. Il était avant tout terre à terre, parfois froid, pour lui la force de l’homme résidait dans ses mains et, si bien employée, avec elle il pouvait tout surmonter.
Le deuxième, le prince amoureux de la nature, comme sa défunte mère. C’était un bon vivant, sachant élaborer à partir des fruits de la terre, les mets les plus délicieux. C’était un optimiste de toute heure, un peu naïf, qui croyait en la force de la nature et en sa bienveillance, en sachant la respecter et l’apprivoiser, elle pouvait donner tout ce dont l’homme avait besoin pour vivre.
Le troisième, le prince passionné des mots et dont le roi ne savait que faire. Il ne tenait ni de sa mère, ni de son père, son amour des beaux poèmes qu’il passait ses journées à écrire, et qu’il allait ensuite lire dans les rues de la cité. C’était un rêveur, un brin paresseux, il se contentait de prendre la vie comme elle venait, tant qu’il pouvait partager sa poésie avec les autres.

Comment trancher ? Savait-il lui, ce dont son royaume allait avoir besoin à l’avenir et lequel de ses fils serait le plus apte à le lui apporter ?
Il trouva finalement la solution : une épreuve demandant de démontrer à la fois sagesse, persévérance et dévouement pour le royaume. Dans les combles du château, se trouvait trois vastes pièces abandonnées et de tailles identiques. A chaque prince il attribua une pièce et donna une semaine pour la remplir complètement de quelque chose qui serait essentiel au royaume en période de crise.
Le premier prince commença à remplir sa pièce de bûche de bois. Avec l’aide de ses nombreux confrères : bûcherons, ébénistes, menuisiers, forgerons, il s’attela à la coupe massive de bois en forêt et son acheminement jusqu’au château.
Le deuxième prince, lui, commença à remplir sa pièce de sacs de blés. Soutenu par ses amis cultivateurs, meuniers et commerçants, il se lança dans une grande campagne de récupération du blé disponible en échange des produits variés récoltés sur les terres royales.
Le troisième prince, enfin, comme à son habitude, continua d’aller se promener au bord de l’eau, de dire ses poèmes aux passants, et de rêvasser des heures durant. Mais sa pièce à lui restait vide.

La fin de la semaine approchait, et au fil des heures le vide des pièces lugubres du château faisait place à un amoncellement impressionnant de bois ou de blé. Le roi voyait avec fierté et émoi ses fils se démener pour venir à bout de cette épreuve titanesque et obtenir leur droit d’accéder au trône. Mais cela ne valait pas pour le troisième prince et sa pièce toujours aussi vide qu’au commencement de l’épreuve. Pour le roi c’était sûr, il ne pouvait pas compter sur ce fils pour lui succéder. Toute la semaine il avait pu le voir passant des après-midis oisives dans les jardins du château à observer en détails la faune et la flore, se mêlant aux jeux des enfants de rue jusqu’au soir, ou encore écoutant les nombreux et interminables souvenirs de la vieille domestique du château. Pas un cheveu n’était entré dans sa pièce.

Enfin le « jour J » arriva. Jusqu’à la dernière heure de la nuit, hommes et femmes se sont évertués à aider les princes dans leur lourde tâche. Mais l’heure du verdict était arrivée et le roi allait devoir prendre sa décision finale.
Il ouvrit la pièce du premier prince et se trouva nez à nez avec un mur de bûches de bois. Le prince s’expliqua, pour lui, la force de l’homme était dans ses mains certes mais encore fallait-il qu’il soit en bonne santé, les hivers étant de plus en plus rudes dans le royaume, il faudrait du bois pour se chauffer et en grande quantité. Le roi était conquis, mais se devant d’être objectif et pointilleux, il pressa l’une des bûches, or celle-ci s’enfonça profondément en disloquant complètement la première pile. Avec déception le roi annonça son échec à son favori : il avait choisi un élément utile, certes, mais n’avait pas pu en remplir la pièce comme demandé.
Le roi passa alors à la deuxième pièce, un sac de blé lui tomba aux pieds dès que la porte s’ouvrit. Le second prince justifia son choix : en se rappelant que les dernières récoltes avaient été maigres et ses festins bien moins réussis, il trouva sa solution, un royaume qui avait le ventre plein c’était un royaume qui allait bien. Le roi était fier du choix et du travail accompli par son fils mais encore une fois il voulut avoir le cœur net avant de se prononcer. Il n’était plus très en forme mais trouva assez d’énergie pour retirer quelques sacs et se frayer un chemin jusqu’au plafond de la pièce. Une fois redescendu il annonça à la surprise de son deuxième fils qu’il avait aussi échoué : en effet sa pièce contenait bien un élément essentiel mais elle n’était pas complètement pleine, faute à un espace laissé vide entre les sacs et le plafond sur l’ensemble de la pièce.

Au vu de la situation et de son observation attentive du dernier prince, le roi s’apprêtait déjà à devoir départager les deux autres dans un duel à l’épée ou une course à cheval. Il rentra quand même dans la dernière pièce, sans surprise, vide et sombre, tout comme l’était son regard. Mais sans dire un mot, le troisième prince rentra dans la pièce sans fenêtre où l’on ne pouvait même pas voir ce qu’il y trafiquait. Quand soudain une faible lueur naquit et grandit jusqu’à illuminer l’ensemble de la pièce. Le prince, dont le sourire enfantin était maintenant visible, s’approcha de son père pour le sortir de la confusion que son visage trahissait. Il éclaircit sa décision. Selon lui, quelques soit les difficultés auxquelles le royaume devrait faire face, il aurait besoin de lumière. La lumière qui fait briller les yeux des enfants, la lumière qui réchauffe le cœur de tous surtout quand ils se sentent vides et inutiles, la lumière qui est partout autour de nous et en nous, la lumière qui, avant tout, doit être partager. En tant que roi il se donnerait comme priorité absolue de maintenir constamment cette lumière dans le royaume, à partir d’elle tout le reste suivrait. Le roi épaté et ému par les mots de son fils, ne put qu’admettre que la pièce auparavant baignée dans une épaisse obscurité était maintenant remplie de la lumière que projetait une simple lampe à huile. Il avait finalement un vainqueur et il avait trouvé son successeur.

Et c’est ainsi que le prince poète devint roi, à la surprise de tous mais pour le bonheur de chacun — et pour de nombreuses années. Avec l’aide de ses frères, il assura paix et prospérité à son royaume, qu’on appelle désormais la Terre de Lumière.


Cet article m’a été inspiré par une histoire entendue dans l’émission radio « 365 Histoires » de Jean-Louis Gaillard. N’ayant pas retrouvé l’originale je me suis permis de la raconter avec mes mots. Si vous souhaitez retrouver d’autres histoires de ce genre, vous pouvez accéder gratuitement aux versions audio sur ce site https://www.365histoires.com/audio/ et vidéo sur cette chaîne YouTube https://www.youtube.com/c/365histoires.