Shadows

La version longue du texte raccourci pour pouvoir être posté sur Instagram :

« Même quand je marcherais par la vallée de l’ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal ; car tu es avec moi ; … » Cet extrait du Psaumes 23 est très fort je trouve.

Pendant longtemps je n’avais jamais imaginé les vallées comme des endroits pouvant être terrifiant. Peut-être par manque de culture, géographique et surtout littéraire. Oui, premièrement je n’ai jamais été un grand fan de géographie pendant mon enfance, ni celle que nous enseigne les manuels scolaires ni celle que nous enseigne la curiosité à découvrir le monde. Et en plus, je n’étais pas un grand lecteur, ce qui m’a fait passer à côté d’un autre genre d’exploration DES mondes, réel ou imaginaires, selon l’orientation que donnent les écrivains à la puissance de leur esprit créatif. Du coup des vallées lugubres comme celle de Tolkien ou de H.P. Lovecraft, je n’en ai pas connue jusque assez tard dans ma vie de jeune adulte.

Mais avec le premier verset de ce psaume, la Bible m’a permis de bien me rattraper. La vallée de l’ombre de la mort… Triple dose de terreur !
Une découverte pour moi, mais oui, une vallée c’est souvent un endroit froid et sombre, encerclé de montagnes inquiétantes lacérant le paysage et baigné dans un épais brouillard semblant vouloir vous engloutir.

Plus simple, une ombre, c’est assez clair je pense donc je ne vais pas trop m’étendre dessus hein.

Et donc, l’ombre de la mort ! Bon, là, on arrête, je joue plus. On s’imagine souvent — surtout étant enfant marqué par certains films et dessins animés, la mort avec sa longue robe noire, sa capuche dont le vide qu’elle recouvre est encore plus noire, et son imposante carrure macabre et démesurée toujours accompagnée de sa faucille. Mais l’ombre de la mort… Jusqu’au jour où j’ai lu ces mots pour la première fois, je n’avais encore jamais appréhendé une telle notion de froideur, de désespoir et d’effroi.

Toutefois, aussi surprenant que ça puisse paraître, la phrase qui suit est aussi rassurante que cette vallée est terrifiante. En toute simplicité, l’auteur arrive à nous communiquer un état de paix et de sérénité qui, je pense, parle à tous, croyants ou non.

C’est très fort comme je le disais au début. Par contre, c’est moins évident de se laisser rassurer par ce verset quand on est vraiment en train de traverser une période difficile, où tout nous paraît froid, sans espoir et effrayant. Pour ma part, j’ai dû aller chercher plus loin que ces mots pour y arriver. Je n’ai aucun mérite car je ne suis pas allé bien loin et surtout c’est avec l’aide de mon bon ami le Saint-Esprit que j’ai pu le faire. Il s’agit d’une simple pensée, un rappel qui vient soutenir ce passage déjà si fort mais qu’il fallait juste un peu mettre en lumière. De la lumière justement. Se rappeler que, quoi qu’il arrive, derrière la réalité qui me terrifie tant, derrière cette ombre qui paraît sans fin, sans frontière et inéluctable, il y a forcément de la lumière qui pourra me consoler, me réchauffer, m’apaiser. C’est aussi simple que ça, et c’est pour ça que j’aime souvent regarder les ombres : pour mieux contempler la beauté et la toute-puissance de la lumière, assez sage et souveraine pour permettre aux ombres d’exister tout en leur donnant leurs limites et en révélant sa gloire, à elle, sans limite.

Les vers

Je dédicace ce poème à mon frère.

Et je t'émouvrai avec mes vers,
Et je t'aime vrai mon frère.
Oui, je t'émouvrai avec mes vers,
Car je t'aime vrai mon frère.

Je t'aime c'est vrai, et je t'émouvrai.
Oui, je t'émouvrai avec mes vers,
Car je t'aime vrai ô oui mon frère.

Et je t'émouvrai avec mes vers,
Et je t'aime vrai mon frère.
Oui, je t'émouvrai avec mes vers,
Car je t'aime vrai mon frère.

Tu aimerais que je t'émeuve avec tes vers,
Mais j'aime mieux t'émouvoir avec mes vers.
Tes vers sont à moitié vide, les miens à moitié plein.
Tes vers sont entiers, solides, les miens en pointillés, sibyllins.

Mais je t'émouvrai avec mes vers,
Et je t'aime vrai mon frère.
Oui, je t'émouvrai avec mes vers,
Car je t'aime vrai mon frère.

Je tiens à expliquer pourquoi est-ce que j’ai mis à jour ce poème. On pourrait penser que je l’ai dénaturé : car modifier ce qui est le fruit de l’inspiration, après réflexion, est un dommage pour l’art la plupart du temps je trouve. Mais c’est plutôt l’inverse qu’il s’est passé.

Tout à commencer par un rêve très émouvant avec mon frère et moi. A la fin du rêve, mon oreiller baigné de larmes et l’air d’une chanson impossible à retirer de mon esprit. Après avoir enfin décidé de poser sur le papier les quelques mots de ce qui s’apparente à un refrain, la rengaine se fait moins intense mais je garde toujours en mémoire l’air.
Finalement je complète le refrain avec quelques mots, le jour même, pour en faire un très court et simple poème. Mais ça ne ressemble plus vraiment à ce que j’avais entendu.

Je n’ai pas posté tout de suite le poème sur le blog. Mais pour différentes raisons, dans mes prières quelques semaines après, je reçois de Dieu que je dois simplement prendre ce que je sais et aime faire, même à avec mon petit niveau, et le diffuser. Lui fera le reste. Pourquoi? Comment? C’est une autre histoire.
De manière surprenante, juste après avoir posté le poème, je reçois un commentaire assez déroutant d’une très bonne amie (ma maman d’écriture, Marlène, merci 1000 fois!). Ce qui est surprenant ce n’est pas qu’elle ait fait le commentaire juste après mon post — je commence à me faire à son soutien sans faille même s’il me touche et me motive énormément, mais c’est son contenu qui m’a troublé. Spontanément, elle me dit en gros qu’une mélodie ne serait pas de trop avec ces quelques vers.
Pour moi c’est clair, je dois revenir le plus possible au poème et à l’air d’origine formés dans mon rêve.

Et donc nous y voilà, plutôt qu’une reprise, la version ci-dessus c’est un retour aux origines de ce poème onirique, si je peux l’appeler comme ça. Et ci-dessous, je vous partage non sans trac et bien humblement l’air qui va avec ce poème (désolé pour la qualité du son).

The last word

Dazzling, radiant, always wearing the brightest colors.
You were full of something no one would ever have imagined it could dry up.
Immortal, yes, your smile, the light on your face, seemed so. 
But fate made us all lie. As if he had to shut us up,
 he found for you the most brutal and unexpected end.
But you too, in turn, I know you're going to make him lie. 
I know you’re not done shining brightly and playing 
with the colors of the rainbow like a painter with his watercolor palette. 
Where you are, up there, make him lie, this tragic fate, 
and show him that despite all his cynicism, 
it was you who had the last word.

Le dernier mot

Éclatante, rayonnante, toujours arborant les couleurs les plus vives.
Tu étais pleine de ce que personne n'aurait jamais imaginé tarissable.
Immortelle, oui, ton sourire, la lumière sur ton visage le paraissait. 
Mais le sort nous a tous fait mentir. Comme s’il devait nous rabattre notre caquet, 
il a trouvé pour toi la plus brutale et la plus inattendue des fins.
Mais toi aussi à ton tour, je sais que tu vas le faire mentir. 
Je sais que tu n'en as pas fini de briller de mille feux et de jouer 
avec les couleurs de l'arc en ciel comme un peintre avec sa palette d'aquarelles. 
Là où tu es, là-haut, fais le mentir, ce sort tragique, 
et montre-lui que malgré tout son cynisme, 
c'est toi qui as eu le dernier mot. 

L’inspiration

(Ecrit pendant le deuxième confinement , hiver 2020)

Ecrire, pas facile de s’y remettre, secoué, dans un métro pressé de relier Réaumur-Sébastopol à Pont de Levallois, blasé, par une énième affiche publicitaire pour une asso caritative faisant l’amalgame entre enfant africain et pauvreté, et confiné, pour la troisième fois, par un gouvernement de moins en moins populaire qui, même si l’ennemi est ailleurs, a l’air de tout faire pour se mettre l’ensemble de la population à dos.

« On ne peut pas plaire à tout le monde ! » C’est le nom de cette célèbre émission démagogiquement polémique ou polémiquement démagogique, c’est selon. Et justement elle portait, de fait, bien mal son nom. C’est aussi une assertion qui constitue une vérité que j’admets bien comme irréfutable en pensée mais que j’ai pourtant bien du mal à vivre dans mes actions. Tout comme notre président et nos ministres, je me retrouve souvent à tenter un impossible grand écart entre des objectifs, des personnes, des mondes qui sont diamétralement opposés, me faisant subir à moi-même un écartèlement insupportable, alors qu’en somme personne ne me le demande. En fait c’est simple, la plupart du temps on peut résumer mes décisions par le problème mathématique suivant :

  • X me demande A, du moins je m’imagine que X attend de moi A,
  • Y me demande B, du moins…, bref vous avez compris,
  • A n’implique pas B et B n’implique pas A, même si on peut admettre quelques intersections entre A et B (c’est-à-dire qu’en me débrouillant bien il y a des petites chances de faire coïncider ce que X veut et ce que Y veut),
  • Comment trouver le point d’intersection entre A et B afin de satisfaire X et Y et, accessoirement, afin de me satisfaire aussi et d’être en accord avec mes valeurs ?

C’est simple, non ? Bon, ça doit paraître au moins aussi compliqué que ce qui se joue à répétition dans ma tête à longueur de journée, au travail, à la maison, partout. Il y a bien des solutions à cette équation, beaucoup. Mais la résoudre coûte du temps, de l’énergie, pire, de l’identité, car à chercher « X » et « Y » je me perds toujours un peu plus dans l’infinité d’un plan cartésien où, ironiquement, même ces deux « inconnus » finissent déçus par mes solutions qui paraissent satisfaisantes dans une dimension mais pas dans les autres. 

C’est sûrement ce qui me fait avoir un minimum d’empathie pour le gouvernement. Les librairies ou les bars, les personnes âgées seules en EHPAD ou les jeunes avides de fête dans leur 9m², confiner ou ne pas confiner ? Telle est la question. Cela n’excuse en rien les graves manquements en termes de communication, de gestion, et surtout d’humanité dont ont pu faire preuve nos dirigeants depuis plus d’un an déjà. Je compatie juste en voyant d’autres échouer, au vu et au su de tous, dans un numéro de contorsionniste auquel je suis moi-même rompu mais pas beaucoup plus triomphant, loin de là.

Confiné donc, encore une fois, dans un « confinement qui n’en est pas vraiment un » peut-on entendre çà et là, ou plutôt dans un flou qui résulte selon moi très probablement de ce jeu dangereux auquel joue notre président. Un jeu auquel, dans une bien moindre mesure et avec des conséquences bien plus futiles, je me suis pris à jouer depuis longtemps maintenant, tellement que j’en viens à me demander si ce n’est vraiment que la troisième fois que je suis confiné. A vrai dire, ça fait bien longtemps que je me suis « auto-confiné », probablement ne suis-je pas le seul dans ce cas vous me direz, mais quelle importance ? Seul enfermé chez soi, ou tous enfermés chez soi, le problème reste le même. Cette privation d’une liberté qui est pourtant là, juste derrière la porte, à travers les vitres de la fenêtre, il s’agit bien d’un confinement. La porte des possibles, la fenêtres de mes aspirations profondes, je les ai fermées moi-même, dans cette incompréhensible et injustifiable quête de compromis où tout le monde est perdant et moi le premier.

Une amie m’avait pourtant bien conseillé : « il ne faut jamais écrire pour plaire aux autres ». Mais là aussi, le confinement de mon esprit, lui bien réel, est venu empêcher des possibilités : nier, tuer dans l’œuf une créativité qui logiquement aurait dû se trouver débridée par les pseudo-confinements dans lesquels nous nous sommes trouvés déjà à deux reprises pendant ces six derniers mois. Presque six mois sans rien écrire, six mois à fuir la peur de ne pas être intéressant, six mois à nier l’évidence de ce besoin d’écrire en essayant de l’étouffer par toutes sortes de contraintes et d’occupations. Etouffer, le mot est faible, parce que c’est effectivement comme s’arrêter de respirer, pendant six mois, comme une longue apnée, beaucoup trop longue.

Pourtant j’ai besoin de ça. J’ai besoin d’écrire. A quoi bon me mentir, j’ai été pris la main dans le sac, ou plutôt le stylo bille à la main. Cette main qui a goûté au sang noir de ce petit objet si banal mais si riche des possibilités qu’il renferme en son sein. Maintenant rien n’y fait, elle ne sera plus jamais ce pentapode domestiqué à pianoter sur un clavier, tapoter sur un écran glacé, ou même à attraper et relâcher machinalement toutes sortes de choses insignifiantes, aux ordres d’un maître lui-même asservi à un monde dans lequel il suffoque.

C’est donc ça, désormais, je respire par cette main, au rythme des lettres qui se dessinent sur mon carnet. Majuscule, je prends une grande bouffée d’air : inspiration. Point final…, j’en reprend encore une autre : inspiration.

La (re)naissance

La renaissance d'un être né sans essence, est-ce un non-sens ?
Essentielle est, je pense, la connaissance de l'absence 
Qui malgré les sens, dès la naissance, nous censure l'existence.
 
Oui, les sens ! Car on nait "sens", on vit "sens",
Dans une présence censée, cadencée, par des sciences à sens unique,
Naïve danse que celle d'une existence inique où, 
Sans nous en laisser la prescience, la foule nous encense et nous descend
Avec autant d'aisance que de nuisances.
 
Mais l’essence ? Que dis-je, la quintessence ? On est censé naître avec !
Ni une chance, ni même une espérance. Une évidence !
N'être humain qu'en puissance c'est sentir la fragrance sans en être grisé.
A quoi bon les sens, s'il nous manque l’essence ?
"Être humain", "naître humain » : 
Lettres agencées avec magnificence
Mais, sans les vivre, vides de sens.
Cent fois ni loi ni raison n'ont pu panser mon appétence.
Ma sensation d'être n'est sans hésitation que la réminiscence
D'une ancestrale assurance : celle d'être, quoi qu'"ils" en pensent,
Et quoi qu'en disent mes sens.
 
Ainsi en conséquence et malgré les apparences,
Je me sens n'être né
Qu'en ce jour,
En cette heure,
Par cette renaissance, qui s'entiche d'un "re",
Dispensable à mon sens.