Le petit orteil

Vêtements de grands couturiers, voitures de sports, montres suisses, palaces somptueux, … tout ça ne m’a jamais vraiment intéressé. En fait jusqu’à récemment, je n’étais pas du tout attiré par le luxe, sous quelque forme que ce soit. Au contraire, ça avait plutôt tendance à me mettre mal à l’aise. Quelques soirées dans des restaurants étoilés et des salles de réception magnifiques organisées par mon école d’ingénieurs, ou bien de rares séjours – si on peut appeler une nuit un séjour – dans des hôtels de luxe parisiens avec des petites amies pour nos anniversaires ; ces moments, d’autant plus précieux à mes yeux qu’ils n’ont été sporadiques, furent mes premiers contacts avec le luxe.

Des goûts simples, c’est le cas de le dire, en fait à mon niveau on pouvait carrément parler d’un appétit pour la simplicité. Même en étant plus régulièrement à son contact, je m’étonnais il y a quelques années de n’avoir toujours pas pris goût au luxe : car il faut le dire, les nombreux déplacements professionnels payés par mon employeur auraient pu comme pour beaucoup de mes collègues m’habituer aux hôtels cinq étoiles, aux vols avec de prestigieuses compagnies, aux 4×4 de fonction dans des pays où le pétrodollar coule à flots. Et pourtant, tout cela n’avait pas suffi à me défaire de cette préférence pour le simple, le discret, le sans éclat. Depuis, ça a tout de même un peu changé : ma dernière expatriation au Qatar a certainement joué un rôle, mais comme on le verra plus loin, il a fallu beaucoup moins que ça pour vraiment me faire abandonner cet état d’esprit ancré en moi.

Je me demande aujourd’hui comment est née une tendance si forte dans mon comportement. En réalité, plus qu’une préférence pour le simple il s’agissait d’un rejet catégorique du luxe. Par avarice, je ne pense pas, par mépris pour le matériel, peut-être, mais avant tout – et c’est ce qui s’est littéralement révélé à moi dans la douleur, par culpabilité, certainement.
Je ne sais pas quel a été l’élément déclencheur de ce qui, à l’origine, n’était qu’un sentiment sournois. Je ne sais pas quel était le mécanisme qui animait et renforçait cet état d’esprit en moi. Tout ce que je sais, c’est que quand une idée quelconque dans mon esprit venait associer le luxe à ma personne, une question surgissait inéluctablement : pourquoi moi ?

A vrai dire, ça va bien plus loin que le luxe. Ce réflexe de pensée se produisait dans de nombreux autres cas chez moi, de telle manière que j’en venais à me demander si ce n’était pas la notion même de plaisir à laquelle mon esprit était devenu allergique. Ça va assez loin, mais en même temps les indices sont trop nombreux pour le nier. Extérieurement, depuis longtemps et de façon récurrente j’entendais ma famille, mes amis, mes collègues me dirent : « tu es trop gentil, fais attention ! », « tu devrais penser à toi avant de penser aux autres sinon tu vas te faire bouffer », « pourquoi ta vie est aussi compliquée alors que tu facilites celles des autres ? ». Sans y faire plus attention, et c’était mon cas, on pourrait simplement en déduire : schéma habituel de l’altruiste dans l’âme, incompris par ses proches et vivant dans un monde de plus en plus égoïste. Mais ce qui cloche avec ce diagnostic – en plus du fait que certains des proches cités sont autant voire plus généreux que moi, c’est ce qui se passait intérieurement. Quelques exemples. Quand je voyais un sans-abri dormir sur le quai d’un métro, je me sentais coupable. (Ok, ça passe) Quand je voyais qu’une personne en réunion se retrouvait debout car il n’y avait pas assez de chaises prévues, je me sentais coupable. (Bon, un peu bizarre, en même temps si tu t’es assis en dernier…) Quand je sentais que j’allais gagner aux cartes et que l’autre allait donc nécessairement perdre, je me sentais coupable. (Hein ? Pardon ?)

Je suis convaincu d’être une personne généreuse et animée de bons sentiments envers l’Autre, même si cela implique parfois de faire certains sacrifices, et il n’y a aucun problème avec ça je trouve. C’est d’ailleurs, l’un des principes fondateurs de la foi chrétienne, « aime ton prochain comme toi-même », « il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir », « donne à celui qui te demande », … Cependant, ce qui posait problème chez moi, c’était le fait que même lorsque rien ne m’était demandé, mais qu’il s’agissait simplement de moi et de mon plaisir, de mon confort, ou juste, de mon bien-être, quelque chose en moi se bloquait, quelque chose qui considérait que je ne méritais pas tout ça.

En règle générale, les choses qui me concernent sont relativement compliquées. C’est comme si ça me rassurait que tout ne soit pas simple pour moi. Plus c’est compliqué et plus je galère, plus un sentiment étrange de satisfaction et de confort augmente en moi, jusqu’à me confirmer « là, c’est bon, tout va bien, tu es à ta place ». En fait j’ai longtemps vécu avec la pensée omniprésente de ne pas mériter. Ne pas mériter quoi ? Beaucoup de choses, si ce n’est tout. De manière analogue à ce que je crois être une imposture de certains écologistes, qui sont en fait des radins de premier ordre, mon altruisme et ma simplicité ne sont que le masque et le costume confectionnés soigneusement par un désamour profond de moi-même.

Attention je ne me hais pas, loin de là. D’ailleurs, un autre de mes travers est un orgueil bien caché mais ancré dans ma personnalité. C’est assez paradoxal vu le reste de cet article mais on y reviendra plus tard. Sans me détester, je suis en fait dans un système de pensée où je ne peux pas ou très peu, apprécier moi-même, ce que je fais ou dis. Pour y arriver, j’ai besoin d’une approbation : soit extérieure, par ce que pense les autres de moi, soit intérieure, par ma satisfaction dans la complication. Et c’est le deuxième cas dont la réalité s’est brutalement imposée à moi un soir de déplacement professionnel en Italie. Tout se passait très bien depuis mon arrivée quelques jours plus tôt. En effet, comme je le disais plus haut, mon entreprise sait mettre ses employés dans de très bonnes conditions pour travailler à l’étranger : location d’une berline haut de gamme, déjeuners dans les restaurants gastronomiques locaux, et surtout séjour dans un hôtel 4 étoiles sur les rives du lac de Côme. Tout va bien, mais comme d’habitude je suis gêné. Je sais donner le change devant mes collègues, mais au fond de moi je ne me sens pas à ma place. C’est dans ma chambre où, à l’abri des regards, je peux laisser libre cours à ma « simplicité » : par exemple, usage du moins d’armoires possible quitte à garder ma valise à moitié pleine, dissimulation des restes de gels douche et shampoings pour qu’ils ne soient pas remplacés par le service de chambre, et enfin interdiction d’utiliser le chauffage vu le peu de temps passé dans la chambre chaque jour. On pourrait y voir un flemmard, un écolo, un pratique, … Mais comment expliquer le fait de se déplacer dans sa chambre sans allumer la lumière par une nuit noire et avec toute la variété de mobilier qu’un hôtel de ce standing peut contenir ? Même si je suis économe, je ne paierai pas la note de la chambre moi-même et encore moins la facture d’électricité. Même si je pense à l’environnement, le voyant rouge de la télé en veille consomme chaque jour autant que l’ampoule dont j’aurais eu besoin pendant quelques minutes. Et même, oui, même si je suis paresseux et me dis que ce n’est pas la peine d’allumer le temps que je fasse les quelques mètres du lit à la salle de bain, la probabilité de se cogner le petit orteil, à pleine vitesse contre le pied d’une chaise en chêne massif, est simplement beaucoup trop élevée. Et ça n’a pas loupé.

Vous connaissez cette douleur progressive qui part d’un endroit minuscule (langue mordue, phalange écrasée par un marteau, ou, plus rarement, épaule déboitée) et qui irradie lentement dans votre corps comme si c’était tous vos membres qui avaient mal. En général, il s’en suit automatiquement un flot d’insultes que votre bouche va irrépressiblement, crier, baragouiner, ou chuchoter selon le moment de la journée et le profil des personnes autour de vous. Dans mon cas il s’agissait d’un léger murmure, imperceptible pour les clients des chambres voisines, mais lourdement chargé des mots les plus grossiers que je connaisse. La douleur intense, qui était celle d’une fracture d’après le médecin que j’ai vu plus tard, me faisait haïr cette chaise, premièrement, et surtout me haïr moi-même, dans un second temps.

Je ne sais pas si à cause du mal fulgurant qui me traversait le pied on pourrait parler d’un éclair de génie mais une chose est certaine, c’est qu’une prise de conscience commença à s’opérer en moi à partir de cet instant. Je me voyais, toujours dans le noir, me tenant le pied, presque les larmes aux yeux – de douleur ou de colère ou les deux, à m’énerver contre une chaise alors que le problème c’était moi-même : la chaise était là où elle devait l’être, moi pas. J’étais dans le noir, j’avançais dans le noir, cette nuit-là en particulier mais aussi tous les autres jours de ma vie. Je ne m’autorisais pas la lumière. Pourquoi ? Je ne saurais toujours pas répondre à cette question aujourd’hui, mais c’était un fait indéniable en tout cas et mon orteil en était à la fois le témoin et la victime.

Jésus-Christ a dit « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ». J’ai mis du temps à comprendre que dans mon cas, les ténèbres sont en principalement celles que je me suis imposé pendant la majeure partie de mon existence. Cet incident du petit orteil cassé m’avait permis de réaliser que « la lumière était éteinte », il restait encore à l’allumer. C’est justement ce que ma foi en Jésus m’a aidé à faire. Aujourd’hui j’arrive peu à peu à me défaire de mes ténèbres grâce à lui, à mesure que je laisse sa lumière salvatrice les chasser, à mesure que j’apprends à accepter d’être aimé par un Dieu qui plus d’une fois a prouvé à moi et à tant d’autres son amour infaillible. Ça n’a rien à voir avec l’approbation que je cherchais dans la complication ou auprès des autres et l’effet en est ô combien plus authentique. Le fait de se savoir aimé par Dieu sans condition et même malgré toutes mes actions, paroles ou pensées, qui en théorie devraient me disqualifier de cet amour, transforme l’idée auparavant inconcevable de m’aimer moi-même en une évidence : en m’aimant malgré tout ce qu’il voit en moi par sa connaissance parfaite, il me montre que je ne dois pas chercher à mériter son amour ou celui de quiconque, mais plutôt que je mérite d’être aimé par quiconque, et à commencer par moi-même. Ici il ne s’agit plus de cet orgueil en sourdine qui, comme un ersatz d’amour, m’aidait à supporter le manque d’amour de moi-même en me faisant me considérer meilleur que les autres par des moyens déguisés : être le plus gentil aux yeux de tous, passer pour le plus humble, paraître le plus généreux. Non ça, ça s’appelle vivre au travers du regard des autres. Ça peut aider à supporter, mais pas à combler le manque. Le manque j’ai réussi à le combler avec Jésus-Christ et son amour sans limite.

Comme l’a dit Blaise Pascal : « Il y eut autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace vide qu’il essaie de remplir inutilement avec tout ce qui l’environne, recherchant dans les choses absentes le secours qu’il n’obtient pas dans les présentes. Or, toutes sont inadéquates, parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est-à-dire Dieu même. » En définitive, moi qui étais apparemment en manque d’amour pour moi-même, j’en déborde désormais. Et à la différence des narcissiques ou simple égocentriques, ce surplus d’amour ne m’amène pas à me centrer sur moi, il tourne plutôt mon regard vers les autres, vers mon prochain. Il est vrai qu’il a d’abord contribué à ce que je m’autorise enfin pleinement bien-être, confort, plaisir et même luxe, que je mettais jadis au ban de ma vie. Mais ce puissant remède a eu des effets secondaires encore plus bénéfiques que la simple guérison de mon amour de moi-même. En effet, plus haut j’ai cité l’un des principes fondateurs de la foi chrétienne : « aime ton prochain comme toi-même ». Ce principe biblique, comme la plupart des autres d’ailleurs, est fondé sur l’Amour. Et il est même doublement appuyé sur lui car il se divise en deux parties : une première tourner vers les autres, « aime ton prochain », et une seconde centrée sur soi, « comme toi-même ». C’est là toute la puissance de l’amour de Jésus-Christ, celui qui ne peut laisser indifférent, qui lui-même ne change pas mais qui change tout ce qu’il touche. Il ne vient pas seulement nous toucher, nous éclabousser, il nous inonde, au point qu’on n’ait qu’une seule voie qui s’offre à nous : d’abord de nous laisser remplir, c’est-à-dire nous aimer parce qu’il nous aime, puis de déborder tout autour de nous comme un fleuve en crue, c’est-à-dire aimer les autres et même le monde qui nous entoure – les êtres vivants ou non de la nature créés de la main de Dieu tout comme les créations diverses et variés de l’homme. Bien plus précieux que le luxe, j’ai gagné quelque chose d’une valeur inestimable, l’Amour qui nous change et avec lequel on peut changer le monde.                                                                                       

Les 3 princes

Il était une fois, dans un royaume en paix mais à l’avenir plus qu’incertain, un roi sentant son heure arriver et s’inquiétant de la succession au trône.
En effet, ayant trois fils, triplets identiques en apparence mais de personnalités radicalement différentes, il était contraint de choisir lequel des princes serait apte à défendre le royaume face aux adversités qui se profilaient à l’horizon. Un choix aussi important se devait d’être objectif, mais la tentation de choisir selon ses préférences de père le tiraillait. Chacun d’entre eux avait bien sûr ses qualités et ses défauts, mais, comme tout parent, le roi avait au fond de son cœur un ordre de préférence.

Le premier, le prince qui aimait le concret, tout comme son père. Il était doué de ses mains pour construire toute sorte de choses. D’un morceau de bois il était capable de façonner une arme, un outil ou même un jouet pour enfant. Il était avant tout terre à terre, parfois froid, pour lui la force de l’homme résidait dans ses mains et, si bien employée, avec elle il pouvait tout surmonter.
Le deuxième, le prince amoureux de la nature, comme sa défunte mère. C’était un bon vivant, sachant élaborer à partir des fruits de la terre, les mets les plus délicieux. C’était un optimiste de toute heure, un peu naïf, qui croyait en la force de la nature et en sa bienveillance, en sachant la respecter et l’apprivoiser, elle pouvait donner tout ce dont l’homme avait besoin pour vivre.
Le troisième, le prince passionné des mots et dont le roi ne savait que faire. Il ne tenait ni de sa mère, ni de son père, son amour des beaux poèmes qu’il passait ses journées à écrire, et qu’il allait ensuite lire dans les rues de la cité. C’était un rêveur, un brin paresseux, il se contentait de prendre la vie comme elle venait, tant qu’il pouvait partager sa poésie avec les autres.

Comment trancher ? Savait-il lui, ce dont son royaume allait avoir besoin à l’avenir et lequel de ses fils serait le plus apte à le lui apporter ?
Il trouva finalement la solution : une épreuve demandant de démontrer à la fois sagesse, persévérance et dévouement pour le royaume. Dans les combles du château, se trouvait trois vastes pièces abandonnées et de tailles identiques. A chaque prince il attribua une pièce et donna une semaine pour la remplir complètement de quelque chose qui serait essentiel au royaume en période de crise.
Le premier prince commença à remplir sa pièce de bûche de bois. Avec l’aide de ses nombreux confrères : bûcherons, ébénistes, menuisiers, forgerons, il s’attela à la coupe massive de bois en forêt et son acheminement jusqu’au château.
Le deuxième prince, lui, commença à remplir sa pièce de sacs de blés. Soutenu par ses amis cultivateurs, meuniers et commerçants, il se lança dans une grande campagne de récupération du blé disponible en échange des produits variés récoltés sur les terres royales.
Le troisième prince, enfin, comme à son habitude, continua d’aller se promener au bord de l’eau, de dire ses poèmes aux passants, et de rêvasser des heures durant. Mais sa pièce à lui restait vide.

La fin de la semaine approchait, et au fil des heures le vide des pièces lugubres du château faisait place à un amoncellement impressionnant de bois ou de blé. Le roi voyait avec fierté et émoi ses fils se démener pour venir à bout de cette épreuve titanesque et obtenir leur droit d’accéder au trône. Mais cela ne valait pas pour le troisième prince et sa pièce toujours aussi vide qu’au commencement de l’épreuve. Pour le roi c’était sûr, il ne pouvait pas compter sur ce fils pour lui succéder. Toute la semaine il avait pu le voir passant des après-midis oisives dans les jardins du château à observer en détails la faune et la flore, se mêlant aux jeux des enfants de rue jusqu’au soir, ou encore écoutant les nombreux et interminables souvenirs de la vieille domestique du château. Pas un cheveu n’était entré dans sa pièce.

Enfin le « jour J » arriva. Jusqu’à la dernière heure de la nuit, hommes et femmes se sont évertués à aider les princes dans leur lourde tâche. Mais l’heure du verdict était arrivée et le roi allait devoir prendre sa décision finale.
Il ouvrit la pièce du premier prince et se trouva nez à nez avec un mur de bûches de bois. Le prince s’expliqua, pour lui, la force de l’homme était dans ses mains certes mais encore fallait-il qu’il soit en bonne santé, les hivers étant de plus en plus rudes dans le royaume, il faudrait du bois pour se chauffer et en grande quantité. Le roi était conquis, mais se devant d’être objectif et pointilleux, il pressa l’une des bûches, or celle-ci s’enfonça profondément en disloquant complètement la première pile. Avec déception le roi annonça son échec à son favori : il avait choisi un élément utile, certes, mais n’avait pas pu en remplir la pièce comme demandé.
Le roi passa alors à la deuxième pièce, un sac de blé lui tomba aux pieds dès que la porte s’ouvrit. Le second prince justifia son choix : en se rappelant que les dernières récoltes avaient été maigres et ses festins bien moins réussis, il trouva sa solution, un royaume qui avait le ventre plein c’était un royaume qui allait bien. Le roi était fier du choix et du travail accompli par son fils mais encore une fois il voulut avoir le cœur net avant de se prononcer. Il n’était plus très en forme mais trouva assez d’énergie pour retirer quelques sacs et se frayer un chemin jusqu’au plafond de la pièce. Une fois redescendu il annonça à la surprise de son deuxième fils qu’il avait aussi échoué : en effet sa pièce contenait bien un élément essentiel mais elle n’était pas complètement pleine, faute à un espace laissé vide entre les sacs et le plafond sur l’ensemble de la pièce.

Au vu de la situation et de son observation attentive du dernier prince, le roi s’apprêtait déjà à devoir départager les deux autres dans un duel à l’épée ou une course à cheval. Il rentra quand même dans la dernière pièce, sans surprise, vide et sombre, tout comme l’était son regard. Mais sans dire un mot, le troisième prince rentra dans la pièce sans fenêtre où l’on ne pouvait même pas voir ce qu’il y trafiquait. Quand soudain une faible lueur naquit et grandit jusqu’à illuminer l’ensemble de la pièce. Le prince, dont le sourire enfantin était maintenant visible, s’approcha de son père pour le sortir de la confusion que son visage trahissait. Il éclaircit sa décision. Selon lui, quelques soit les difficultés auxquelles le royaume devrait faire face, il aurait besoin de lumière. La lumière qui fait briller les yeux des enfants, la lumière qui réchauffe le cœur de tous surtout quand ils se sentent vides et inutiles, la lumière qui est partout autour de nous et en nous, la lumière qui, avant tout, doit être partager. En tant que roi il se donnerait comme priorité absolue de maintenir constamment cette lumière dans le royaume, à partir d’elle tout le reste suivrait. Le roi épaté et ému par les mots de son fils, ne put qu’admettre que la pièce auparavant baignée dans une épaisse obscurité était maintenant remplie de la lumière que projetait une simple lampe à huile. Il avait finalement un vainqueur et il avait trouvé son successeur.

Et c’est ainsi que le prince poète devint roi, à la surprise de tous mais pour le bonheur de chacun — et pour de nombreuses années. Avec l’aide de ses frères, il assura paix et prospérité à son royaume, qu’on appelle désormais la Terre de Lumière.


Cet article m’a été inspiré par une histoire entendue dans l’émission radio « 365 Histoires » de Jean-Louis Gaillard. N’ayant pas retrouvé l’originale je me suis permis de la raconter avec mes mots. Si vous souhaitez retrouver d’autres histoires de ce genre, vous pouvez accéder gratuitement aux versions audio sur ce site https://www.365histoires.com/audio/ et vidéo sur cette chaîne YouTube https://www.youtube.com/c/365histoires.